Les bâtiments sains, armes de poids pour lutter contre les virus

« Votre bâtiment peut vous rendre malade ou vous garder en bonne santé », « Comment des bâtiments sains peuvent nous aider à lutter contre le coronavirus »… Voici les titres de deux articles tirés des prestigieux journaux américains New York Times et Financial Times. Deux tribunes signées du Docteur Joseph Allen, directeur du programme « bâtiments sains » de l’école de santé publique T.H. Chan de l’université d’Harvard.

Si les gestes barrières et le confinement sont aujourd’hui, devant l’urgence de la situation, la première ligne des réflexes à adopter pour endiguer la propagation du coronavirus, ce ne sont pas les seuls moyens de se protéger. La santé publique passe aussi par la qualité de nos bâtiments.

Pour le comprendre, rappelons, comme le fait le Docteur Joseph Allen, comment l’épidémie de SRAS était devenue internationale en 2003 : un patient, contaminé sans le savoir, est allé à Hong Kong pour le mariage d’un ami, logeant au 9e étage de l’hôtel Métropole. C’est à ce moment, en seulement 24 heures, qu’il a infecté 16 autres clients de l’hôtel, qui habitaient au même étage, et qui sont ensuite repartis dans leurs pays respectifs au Canada, au Vietnam, à Singapour et en Chine continentale.

Tout ça parce que la ventilation de l’hôtel a propagé un virus aérogène mortel de chambre en chambre.

Petite histoire de la légionellose

Prenons un autre exemple, avec cette fois, une bactérie. C’est en 1976 que fut découverte et isolée la légionellose. Cette année-là, elle a entraîné le décès d’une trentaine d’anciens combattants de la Seconde Guerre Mondiale, réunis lors d’un congrès à Philadelphie, au Bellevue Stratford Hotel. Sur 182 participants, 29 sont décédés. La bactérie legionella pneumophila s’était propagée dans le système de climatisation de leur hôtel. En effet, cette maladie est transmise par une bactérie hydrophile qui se développe très facilement dans les systèmes de distribution d’eau chaude, les bains à jets et à remous ainsi que les systèmes de climatisation. 

Photo historique du Bellevue Stratford Hotel (1976) [Source : Jack E. Boucher, HABS photographer, domaine public]

Rappelons maintenant les trois moyens de contamination au Covid-19 qui semblent se dégager à ce jour :
1- le contact direct avec une personne infectée
2- à travers les gouttelettes respiratoires quand une personne infectée tousse ou éternue
3- via une surface contaminée, si une personne touche cette zone et porte ensuite ses mains à sa bouche, son nez ou ses yeux.

WELL, OsmoZ et Fitwel en appui des bâtiments sains

Il semble tout à fait possible d’agir sur au moins deux de ces moyens de transmission, à travers des prérequis élevés de ventilation, filtration ou encore de nettoyage des surfaces. Et c’est important contre la propagation des virus, mais aussi de tout micro-organisme pathogène. Ces préconisations sont logiques, intuitives, ce qui facilite leur mise en place. Ça tombe bien, les certifications santé et bien-être comme WELL, OsmoZ et Fitwel les ont déjà intégrées.

Par exemple, de la même façon que nous confinons nos malades, il faut confiner l’air pollué, et non pas le recycler et le redistribuer. Tous les systèmes de CVC des bâtiments qui recyclent l’air favorisent la contamination. Il faut au contraire un maximum de ventilation naturelle. Ce n’est pas pour rien que les autorités chinoises recommandaient tout simplement d’ouvrir les fenêtres dès le début de l’épidémie de Covid-19.

Ventilation, Filtration, Condensation

Le taux de ventilation est aussi crucial. Plus ce taux est important, plus le renouvellement de l’air est efficace, plus le risque de contamination diminue. Aujourd’hui, les taux requis par les certifications WELL et Fitwel sont plus importants que les normes de base. Alors que le code du travail exige 25 m3/h/personne dans les bureaux en France, la certification WELL conduit à viser des seuils plus élevés, entre 30 et 36 m3/h/pers. 

Le label français OsmoZ, développé et géré par Certivéa, en fait autant en poussant les acteurs qui le souhaitent à aller au-delà des débits du code du travail. Le référentiel préconise notamment des seuils plus ambitieux que le code du travail, valorisés selon, par exemple, les normes NF EN 16798, NF EN 15251, ISO 16000, NF EN 12599, NF ISO 12569, ou autre norme justifiant de débits plus élevés que le code du travail.

WELL et Fitwel interviennent aussi sur la filtration de l’air. Entre des filtres bas de gamme et haut de gamme, le taux de particules capturées de la taille des virus peut passer de 20% à 80% ! Quant aux zones de moisissures, véritables réservoirs à bactéries, le WELL préconise des radiations ultraviolettes sur les serpentins de refroidissement et les bacs de vidange permettant d’en réduire le risque. 

Le contrôle de la condensation est aussi important, même s’il est ici un peu contre-intuitif. On pourrait croire en effet que la grippe se développe mieux dans un milieu humide. C’est faux. Augmenter le taux d’humidité d’une pièce de 30 à 50% permet de diminuer l’espérance de vie de la grippe de plus de 32%, explique Joseph Allen. 

Une approche holistique

L’impact du WELL, d’OsmoZ ou du Fitwel ne s’arrêtent pas à la CVC. Au contraire, l’approche est holistique et inclut de nombreux autres paramètres pouvant améliorer l’hygiène des bâtiments, et donc la santé des collaborateurs.

Se laver les mains par exemple. Ce paramètre peut sembler basique. Sauf que le WELL intègre dans ses critères la surface des lavabos, le savon utilisé ou encore les moyens pour se sécher les mains, tout cela pour limiter les contacts avec les zones qui peuvent voir les bactéries proliférer. Il comporte de nombreux critères aussi sur les niveaux de prestation de nettoyage, et sur les surfaces, limitant la prolifération bactérienne (boutons, interrupteurs, poignées).

Le label OsmoZ requiert la mise en place de pratiques de communication et de sensibilisation des collaborateurs autour des bonnes pratiques d’hygiène et de propreté.

On note notamment :

► Des actions de sensibilisation et prévention sur l’hygiène, notamment le lavage des mains (avant et après les repas, après s’être mouché, après avoir touché des objets souillés, après avoir pris les transports en commun, après être passé aux toilettes).
► La mise à disposition de savon ou solution hydroalcoolique à l’entrée des espaces de restauration.
► La mise à disposition de produits de nettoyage ou lingettes pour nettoyer les postes de travail.

De la même façon, les critères de qualité de l’eau, d’alimentation saine et équilibrée, d’espace de sieste ou de sport, à même de renforcer notre système immunitaire sont autant de paramètres sur lesquels les certifications bien-être et santé interviennent, et ont un rôle à jouer pour limiter un maximum la transmission de micro-organismes pathogènes.

Une situation comme celle que nous vivons actuellement arrivera probablement encore dans le futur, peut-être même avec un virus encore plus virulent. Il faut enrôler nos bâtiments, ces espaces intérieurs dans lesquels nous passons 90% de notre temps, dans la lutte contre l’ennemi invisible, pour ne pas réagir seulement dans l’urgence mais anticiper ces situations. D’autant plus quand ces mesures sont faciles à mettre en place, dans les bâtiments nouveaux comme anciens.

Joseph Bancaud