Immeubles de bureaux : entre connectivité et développement durable

Ronan Trottier est directeur de projets chez G-ON, spécialisé notamment dans la connectivité des bâtiments. G-ON est WiredScore AP, une accréditation destinée à l’évaluation de la connectivité des immeubles de bureau, et travaille aussi avec le tout récent label français R2S. Ronan Trottier nous explique comment la question de la connectivité est complémentaire de celle du développement durable. 

Quels sont les enjeux des immeubles “eco-friendly” ?

Les certifications environnementales mettent indéniablement en évidence la qualité intrinsèque d’un bâtiment et font de la qualité de son exploitation et de la maîtrise de ses charges des atouts considérables pour permettre à un propriétaire de se positionner le plus favorablement possible face à la concurrence.

De plus en plus d’investisseurs et notamment dans le secteur de l’immobilier tertiaire confirment leur intérêt pour les certifications environnementales, perçues et utilisées comme un levier de valorisation économique supplémentaire mais pas uniquement. En effet, les certifications environnementales sont devenues un véritable « standard » visant à optimiser la performance globale du bâtiment, c’est-à-dire l’environnement intérieur et extérieur du bâtiment, ainsi que le confort des utilisateurs.

La mise en place d’une certification permet d’anticiper les risques et dysfonctionnements. Elle implique en effet de faire un état des lieux approfondi des bâtiments et accroit donc la connaissance technique de l’immeuble certifié. Les grilles d’évaluations techniques qui caractérisent les certifications imposent d’analyser tous les aspects techniques d’un bâtiment mais également ceux concernant la santé, le bien-être et la sécurité des occupants. C’est pourquoi, les enjeux sont multiples. Ils permettent, d’une part, de détecter les dysfonctionnements importants et d’autre part, de s’assurer qu’un bâtiment est conforme aux exigences réglementaires et anticipe les réglementations à venir.

Les certifications sont également une arme contre l’obsolescence des immeubles en anticipant par exemple les problématiques de distance par rapport aux transports en commun, l’absence de flexibilité, d’espaces inadaptés au bien-être, à la santé, au mode et conditions de travail des utilisateurs, de dispositifs de connexion informatique inadaptés, d’équipements non performants de chauffage, ventilation, climatisation, etc.

Dans quelle mesure les certifications vertes et la connectivité divergent dans les immeubles de bureaux ?

Même si rien n’est encore prouvé, la connectivité des bâtiments a souvent mauvaise réputation à cause des ondes électromagnétiques qu’elle génère. On pourrait donc se dire que nous sommes plus en « sécurité » dans les bâtiments certifiés qui prônent le bien-être et la santé et qui sont habillés d’isolants thermiques efficaces pour lutter contre les consommations énergétiques, mais également contre la propagation des ondes électromagnétiques.

Cependant, il est pour moi impératif d’améliorer au maximum la connectivité des bâtiments et ne plus voir cet outil comme un frein au bien-être. Bien au contraire, les téléphones émettent davantage d’ondes pour essayer d’accéder au réseau lorsque la réception est mauvaise, ce qui provoque une consommation importante d’énergie (les batteries des téléphones se déchargent plus rapidement) et exposent les utilisateurs à des niveaux de radiofréquence beaucoup plus importants.

Ainsi, l’idée ne serait pas de réduire l’épaisseur des isolants pour un retour en arrière mais plutôt de connecter plus efficacement les immeubles de l’intérieur avec des systèmes favorisant une bonne couverture mobile. Les ondes générées par les téléphones seraient moins impactantes et cette vision serait à mon sens un avantage considérable pour un propriétaire qui proposerait aux futurs utilisateurs une excellente connectivité qui devient l’un des critères numéro 1 dans le choix d’un immeuble de travail.

Les certifications HQE, que ce soit en exploitation ou en construction, couvrent d’ailleurs le problème de santé en incitant à la réalisation de mesures d’ondes électromagnétiques dans les immeubles afin d’assurer aux utilisateurs des niveaux d’émissions en-dessous des valeurs seuils réglementaires.

Selon vous, dans quel cas la connectivité et le développement durable vont de pair ?

La connectivité deviendra un outil indispensable dans les années à venir pour piloter les immeubles et promouvoir la santé. Même s’il est important de laisser la main aux occupants d’immeubles de bureau pour les sensibiliser aux bonnes pratiques, le pilotage et la mesure sont indispensables pour une bonne maîtrise de nombreux paramètres techniques liés à l’exploitation des immeubles.

Cette connectivité a d’ailleurs commencé avec l’instrumentation des bâtiments sur le plan énergétique pour assurer la maîtrise et le suivi des consommations d’énergie. Elle devient de plus en plus présente pour assurer une bonne qualité d’air et de luminosité dans les espaces. Les possibilités pour améliorer le confort et le bien-être mais aussi la performance énergétique et environnementale sont donc énormes mais encore faut-il s’assurer que  l’infrastructure des bâtiments et la connectivité Internet permettent cette transition.

Propos recueillis par Nermine El Shekshaky
Cette interview a été réalisée par les équipes de WiredScore pour leur blog, en mai 2018.

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