Économie circulaire : il faut passer à l’étape suivante !

Passer d’une économie linéaire à une économie circulaire n’est pas chose aisée. C’est un changement de paradigme qui se heurte à de nombreux freins : techniques, financiers, organisationnels et sociétaux… Certaines solutions, notamment le recyclage ou la sobriété, représentent des progrès louables et nécessaires, mais il ne faut pas s’en contenter, car elles modifient le processus linéaire à la marge, sans remettre en cause toute la structure de notre économie. Il faut continuer de monter les marches conduisant à l’économie circulaire. Éléments d’explication avec Frédéric ADAM, responsable R&D de G-ON.

La matière est l’un des enjeux étudiés par le pôle R&D de G-ON, à travers la question de l’économie circulaire. Quel constat faites-vous aujourd’hui sur ce sujet ?

Aujourd’hui, l’économie circulaire répond à un problème d’intérêt général, dans un monde où la sonnette d’alarme sur le réchauffement climatique a été tirée depuis bien longtemps, toujours plus urgente. Mais il est encore très difficile de sortir du schéma de l’économie linéaire. Nous avons souvent recours à des pansements, mais cela revient à se contenter de rajouter des boucles dans un processus qui reste malgré tout linéaire, avec, au début, l’extraction de matières premières, et à la fin, la production de déchets inutilisés.

Ce sont des améliorations utiles mais non le changement de modèle dont notre société a besoin. On se pose des questions comme « comment puis-je avoir moins de déchets ? », mais subsiste la question principale « comment puis-je ne pas consommer de matières premières ? », la seule qui nous permettent vraiment de répondre au défi environnemental.

Avez-vous un exemple concret qui permettrait d’aller plus loin dans l’économie circulaire ?

Prenons l’exemple de l’aluminium des fenêtres. Il est recyclable, c’est un progrès ! Rappelons-nous qu’il y a 20 ans, nous jetions tout à la poubelle, et que le déchet est un concept inventé par l’homme.

Mais ce matériau n’est pas 100% recyclable. Seul 70% l’est. Au-delà de cette limite technique, qui correspond à la quantité maximum de matière recyclée qui peut être injectée dans un bain de fusion, le matériau est dégradé et n’est pas exploitable une fois extrudé.

Ensuite, l’aluminium recyclé ne provient pas des vieilles fenêtres, mais des rebuts de chantiers, comme l’assemblage des menuiseries, et des chutes issues du process de fabrication ou extrusion. Ces rebus et chutes permettent d’afficher un taux de recyclage d’environ 50%, et d’éviter que la moitié de la matière première nécessaire à la fabrication d’une fenêtre ne soit jetée au cours du processus.

Mais que deviennent les vieilles fenêtres ? Celles-ci sont jetées, pour la grande majorité, envoyées dans des centres d’enfouissement. Une petite partie est certainement recyclée, par exemple en canettes de soda, mais ce n’est pas non plus une solution durable car l’économie circulaire implique de refaire une fenêtre avec une fenêtre. Sinon, on perd en qualité cycle après cycle, c’est du « downcycling ». Nous sommes bien en présence d’une économie linéaire, qui puise des ressources pour fabriquer un produit et qui le jette en fin de vie.

Siège du Conseil européen à Bruxelles

Quelles solutions plus pérennes existe-t-il ?

Rien ne vaut le réemploi. Les industriels ont déjà fait beaucoup d’efforts, et aujourd’hui, certains constructeurs de fenêtre s’engagent dans cette voie-là. C’est aussi le choix que fait G-ON. Nous faisons d’ailleurs partie des lauréats 2018 d’un appel à manifestation d’intérêt du NECI grâce à un projet portant sur l’expérimentation d’une filière de réemploi des matériaux de construction dans le Calvados.

Grâce à des places de marché d’économie circulaire comme Cycle Up, Backacia ou R-place, il est aujourd’hui possible de proposer des fenêtres au réemploi. Cette solution présente en plus un intérêt économique important face à la solution du recyclage. En effet, pour être recyclées, les fenêtres doivent d’abord être désassemblées : colle, peinture, joints… Ce qui est coûteux et compliqué. Plus de 80% du coût du recyclage tient au démantèlement.

Déconstruire proprement une fenêtre pour pouvoir l’installer dans un nouveau bâtiment est une marche supplémentaire pour aller vers un modèle vraiment circulaire. Même si, là encore, pour prolonger la durée de vie de cette fenêtre réemployée, et assurer l’étanchéité du nouveau bâtiment, il faudra la reconditionner : remplacer les joints abîmés et les ferrures usées. Et privilégier le réemploi local, pour limiter les coûts de transport.

Avez-vous quelques exemples de projets ayant recours au réemploi ?

Ça se fait sur le projet de la Grande Halle de Colombelles, des fenêtres issues du réemploi sont notamment utilisées pour les façades d’une zone non chauffée. Le siège du Conseil européen à Bruxelles, livré en 2016, a une façade double peau dont la première est entièrement en menuiseries issues du réemploi.

C’est vrai pour d’autres matériaux comme les isolants, les équipements sanitaires, le bois d’œuvre… C’est vrai que le réemploi des fenêtres est une réalité difficile à mettre en œuvre, d’autant plus avec les objectifs d’isolation thermique. L’idée est de montrer que le recyclage n’est pas la seule solution possible, ni la meilleure, et qu’il faut développer de nouvelles pratiques, le réemploi, qui sont plus contraignantes pour les acteurs de la construction. Effectivement, il faut commencer par ce qui est plus facile à faire pour démarrer le changement, puis aller vers les matériaux complexes, qui d’ailleurs représentent une part croissante des matériaux utilisés.

L’enjeu est collectif, il dépasse le seul projet qui nous réunit. Le réemploi apporte une solution, dans une réflexion portant sur le cycle de vie. Mieux, il permet même, dans certains cas, une augmentation de gamme grâce à un coût revu à la baisse : un radiateur en fonte issu du réemploi sera par exemple plus performant qu’un radiateur neuf en tôle !

Propos recueillis par Joseph Bancaud

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