On sait que le plastique pollue les océans et s’invite dans nos assiettes. Mais saviez-vous que nous inhalons chaque semaine des microplastiques provenant directement de notre canapé ou de notre bureau par exemple ?
C’est le constat alarmant qui a ouvert la table ronde de la biennale Bâtir Vivant, animée par Hélène Aguilar et repris dans son podcast OÙ EST LE BEAU ?
Face à elle, deux experts : Franck Chaventré (Directeur Général Associé, G-ON Life) et Ronan Trottier (Directeur Associé, G-ON), sont venus bousculer les idées reçues sur ce que nous respirons.
Voici les grandes lignes d’une prise de conscience indispensable pour le secteur du bâtiment. Mais pour en savoir plus, rendez-vous sur le podcast
1. Le grand paradoxe : on soigne le carbone, on oublie nos poumons
Depuis quelques années, l’immobilier a fait sa révolution verte : réglementation environnementale, chasse au carbone, optimisation énergétique… Pourtant, la qualité sanitaire des matériaux reste le grand angle mort des réglementations actuelles. Les microplastiques et les émanations toxiques ne sont ni mesurés, ni certifiés de manière obligatoire.
Une étude menée par le CNRS de Toulouse et Atmo révèle que notre air intérieur est 100 fois plus chargé en microplastiques que l’air extérieur.
Ces particules ne viennent pas de déchets lointains, mais de l’usure chronique et mécanique des matériaux et du mobilier qui nous entourent. À cela s’ajoute « l’effet cocktail » : la combinaison permanente de PFAS, de phtalates, de retardateurs de flamme et de COV (Composés Organiques Volatils) dans des espaces clos.
2. Prendre de l’avance : la voie du volontariat éclairé
Alors, faut-il attendre des normes qui viendront de toute façon trop tard ? Certes, les technologies capables de qualifier précisément toutes les molécules en suspension dans l’air existent, mais elles restent aujourd’hui le privilège de quelques laboratoires de pointe, rendant leur déploiement massif complexe et coûteux.
Heureusement, des maîtres d’ouvrage et des foncières visionnaires n’attendent pas la loi pour agir. Ils ont compris que la santé est devenue une valeur immobilière concrète :
- La valeur verte et sanitaire : Un bâtiment qui prouve sa bonne qualité sanitaire voit sa valeur patrimoniale augmenter. Les banques commencent d’ailleurs à intégrer ces critères de santé dans le coût des prêts.
- Les certifications comme boussoles : Des labels et certifications comme WELL, OSMOZ, BREEAM ou encore HQE permettent d’aller bien au-delà de la seule performance énergétique en plaçant le bien-être de l’utilisateur au centre des exigences. Un fabricant incapable de prouver la composition de ses produits s’expose désormais à être écarté des projets majeurs par exemple.
3. Les outils du terrain : du contrat à la mesure
Pour traduire ces ambitions dans la réalité d’un chantier, Franck Chaventré et Ronan Trottier rappellent au cours de l’échange qu’il existe des leviers très concrets :
- L’ACV (Analyse de Cycle de Vie) aménagement : utiliser des indicateurs multicritères pour calculer l’impact du mobilier bien au-delà du simple indicateur carbone. Attention d’ailleurs : « moins carboné » ne veut pas automatiquement dire « plus sain » !
- Le CDC (Cahier des Charges) Preneur : l’arme contractuelle absolue pour exiger des matériaux sains dès la phase de conception et écarter les produits hautement émissifs (comme le formaldéhyde).
- La campagne de mesures : parce qu’on ne peut pas maîtriser ce qu’on ne sait pas détecter, valider la qualité de l’air après travaux est indispensable.
4. Le point de vigilance : le piège du réemploi
Si l’économie circulaire et le réemploi sont d’excellents alliés pour réduire l’empreinte carbone globale, ils cachent un piège sanitaire : les « polluants hérités ». De vieux plastiques ou d’anciens vernis qui ne respectent plus les normes actuelles continuent de dégazer, parfois encore plus massivement en vieillissant. Réemployer sans mesurer, c’est prendre le risque de déplacer un problème sanitaire sous couvert de bonne conscience écologique.
« Si on veut être parfait, il ne faut rien faire. »
Ne rien faire n’est pourtant plus une option. La qualité de l’air ne commence pas le jour de la remise des clés, elle commence dès le choix de la première cloison ou du premier bureau.
Comment Franck et Ronan gèrent-ils ces arbitrages complexes sur le terrain ? Quelles sont les coulisses de l’étude scientifique du CNRS sur nos intérieurs ? Et surtout, par où commencer pour votre prochain projet d’aménagement ?
🎧 Pour découvrir toutes leurs méthodes et plonger au cœur de cette prochaine révolution du bâtiment, découvrez l’épisode complet du podcast « OÙ EST LE BEAU ? » d’Hélène Aguilar ci-dessous !
