Le bien-être au travail : solution ou obsession ?

La conférence « Le bien-être au travail : solution ou obsession ?», co-organisée par Convergence et G-ON jeudi 16 mai, avait l’ambition d’offrir un programme original à la cinquantaine d’invités. Pour commencer, le partage d’expérience des intervenants a permis de rappeler que la démarche Qualité de vie au travail (QVT)* s’inscrit dans une approche globale qui ne doit jamais oublier la centralité du travail.

La visite de site dans l’immeuble hôte, Seine Avenue, a ensuite montré aux invités les solutions mises en place par les intervenants, illustrant les discours dans la foulée, avec des exemples concrets. Les parcours guidés, complémentaires de la conférence, ont permis de découvrir les parties communes de Seine Avenue, grâce à Hémisphère et Eneixia, mais aussi les parties locatives, Qivy nous ouvrant les portes de ses nouveaux locaux.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en 2030, la première cause d’arrêt maladie dans le travail sera la santé mentale. Ce chiffre, rappelé par Gabriel Gautier, psychologue du travail au ministère de l’Intérieur, illustre tout l’enjeu des questions de qualité de vie au travail : il en va de la santé des collaborateurs.

Santé, bien-être ou bonheur ?

Il est important de rappeler dès le départ qu’on parle de santé, de bien-être… et non de bonheur ! D’ailleurs, dans le préambule de sa Constitution, l’OMS définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

Gwenaël Jan, associé fondateur de G-ON, s’est attaché à bien distinguer ces notions que l’on confond souvent, en utilisant l’image forte d’une table de ping-pong… dans une prison. Si cette activité peut apporter du plaisir au détenu, améliorer son bien-être et sa santé dans un cadre très restrictif, elle ne suffit bien sûr pas à répondre aux besoins essentiels à son bonheur. Il en va de même au travail. Le bien-être ne peut se construire qu’en tenant compte du contexte, en travaillant sur les 3 piliers : physique, mental et social.

Le public de la conférence © Ronan Trottier / G-ON

Obligation légale

Concernant la santé de ses employés, s’il n’existe pas encore dans le code du travail une obligation légale de l’employeur vis-à-vis de la qualité de vie au travail (QVT), on s’y dirige ! Aujourd’hui, cette obligation existe seulement par rapport aux risques psycho-sociaux (RPS), dans le but de les évaluer, de les supprimer ou à défaut, de les maîtriser. Mais QVT et RPS sont complémentaires pour assurer le plus possible le bien-être du collaborateur.

L’évolution des dernières années tend de plus en plus à prévenir les risques et non seulement à les réparer. Autre évolution, considérer, en plus des événements brutaux comme les accidents, la lente dégradation causée par un poste de travail lui-même, à l’image d’une caissière, amenée à porter une charge d’une tonne par jour !

Comme l’a bien rappelé Gabriel Gautier, le principal levier reste le travail lui-même. Les solutions de QVT ne permettront pas d’escamoter la question de la nature du travail. Sur le terrain, au cours des missions QVT, les salariés ne parlent pas « massages, plantes vertes et paniers repas« , ils parlent « objectifs, charge de travail, compétences, hiérarchie, stress« . Pour autant, l’environnement de travail est un des leviers sur lesquels l’employeur peut agir pour prévenir les risques. Pour peu que cette démarche soit portée tout en haut.

L’immeuble Seine Avenue, à Asnières-sur-Seine © Raphaël Soret

Les services aux entreprises

Alors, comment agir ? Après ce petit rappel de l’état des lieux, les intervenant se sont penchés sur les solutions concrètes pour répondre aux questions de QVT, en commençant par les services aux entreprises. La question devient alors : comment donner de la valeur ajoutée à ces services ?

Cédric Vallin, président d’Hémisphère, Investment/Asset manager de Seine Avenue, a par exemple présenté son approche « smart », en insistant sur la complémentarité entre l’humain et le digital. D’un côté, le digital permet des services dématérialisés, et donc des économies par exemple sur la conciergerie, mais de l’autre, les applications sont surtout là pour faire vivre les services. À l’image de la salle de fitness, où les programmes de cours, et donc les professeurs, sont plus importants pour les collaborateurs que les machines de musculation. Par ailleurs, le lieu de travail doit pouvoir prendre plusieurs formes pour bien s’adapter aux différents modes de travail. Là encore, c’est le travail qui est au cœur du sujet.

Fabien Boutard, CEO d’Eneixia, Hospitality et Community manager de Seine Avenue, insiste tout autant sur l’hospitalité. Fini l’accueil froid ne s’adressant qu’aux visiteurs perdus. Il s’agit ici encore d’un service offrant du lien humain, s’adressant aux visiteurs comme aux collaborateurs travaillant dans l’immeuble. Donner de la vie aux services, animer les espaces de travail, apporter de la valeur ajoutée aux relations humaines, voilà le nouveau leitmotiv.

Révolution des RIE

Cyril Dugué, associé fondateur de Convergence, parle de « révolution du poste de travail depuis 10 ans ». Il pourrait dire la même chose du restaurant inter-entreprises. Autrefois simple lieu de passage subvenant à un besoin primaire, utilisé seulement 2h dans la journée, le RIE est devenu un espace flexible, tantôt zone de repos, salle de repas ou encore espace de travail informel… et ouvert toute la journée.

Tout est objet de contexte, parachuter des solutions ne suffit pas. On sent cependant que les services sont adaptés aux besoins tant des entreprises que des collaborateurs. Et ça marche ! Entre 2009 et 2017, Seine Avenue ne dépassait pas les 40% d’occupation, focalisée sur la maximisation des surfaces de bureaux, les plus rentables, au détriment des services. Aujourd’hui, l’immeuble dépasse les 85% d’occupation, grâce à une conception de nouveaux espaces de services adaptée à la demande.

Des labels au service des employeurs

Accompagnant ces révolutions, les labels bien-être et QVT fleurissent… et mûrissent ! WELL, OsmoZ ou Fitwel sont des outils à disposition des employeurs pour valoriser toutes ces démarches progressistes en termes de santé physique, mentale et sociale. Ils participent de cette prise de conscience sociétale, et les bureaux de Qivy en sont un bel exemple.

Dans les nouveaux bureaux de Qivy © Jared Chulski

En ouvrant les portes des bureaux de Qivy, Benoît Antoine, responsable d’affaires tertiaire, a pu expliquer aux invités d’un soir comment le bien-être au travail a guidé la mise en place de ses nouveaux locaux. En sollicitant les conseils de G-ON, et en implantant des principes issus des labels WELL et OzmoZ, Qivy a pu élaborer, en concertation avancée avec ses collaborateurs, un espace de travail lumineux, ouvert, facilitant l’échange, biophilique, avec une fonctionnalité tournée vers les besoins spécifiques de ses différentes équipes.

Les parcours guidés proposés lors de cette belle soirée montrent que les solutions de bien-être au travail existent, tant dans les parties communes que dans les parties locatives. Non seulement, elles existent, mais elles deviennent incontournables. Comme souvent, tout est question de prise de conscience et de volonté, en commençant par le sommet de l’échelle. Mais ces solutions doivent absolument participer d’une réflexion plus globale n’oubliant pas l’élément central, le travail. Alors seulement la prédiction initiale de l’OMS pourra-t-elle être revue et corrigée.

Joseph Bancaud

*En juin 2013, L’Accord National Interprofessionnel sur l’égalité professionnelle et la qualité de vie au travail (ANI) a définit la notion de QVT comme étant « les conditions dans lesquelles les salariés exercent leur travail, et leur capacité à s’exprimer et à agir sur le contenu de celui-ci, déterminent la perception de la qualité de vie au travail qui en résulte. »