Nouveau pôle R&D : concilier l’ingénierie et la recherche pour anticiper les solutions innovantes

G-ON s’est doté à la rentrée d’un pôle R&D, nouvelle étape dans son évolution continue. Il s’agit d’anticiper les problématiques rencontrées par les clients, et d’intégrer avec plus d’efficacité des solutions innovantes. Il s’agit aussi de prendre du recul, avec une antenne à Caen, pour mieux avancer. Frédéric Adam, son tout nouveau directeur R&D, partage avec nous la réflexion qui a conduit à la création du pôle. 

Et si les vaches de Normandie contribuaient un jour au BTP parisien ? La question semble farfelue. Et pourtant, il y a quelques années, on aurait trouvé toute aussi décalée la question : Et si le lin contribuait un jour au BTP parisien ? Or, pour ce dernier, c’est déjà le cas aujourd’hui. Dans une société de plus en plus concernée par la construction durable, les produits bio-sourcés offrent une alternative bienvenue, et le lin en fait partie.

Champ de lin

La France en est le premier producteur mondial, couvrant 50 à 60% du marché international. La moitié de cette production française vient de Normandie. Les compagnies linières dépendent à 95% de l’exportation, en très grande majorité vers la Chine, pour ce qui est du lin textile.

Mais le vêtement n’est plus le seul débouché. La fibre de lin, ultra qualitative, sert ainsi dans les industries automobile et aéronautique, et dans le bâtiment. Elle est prisée pour ses qualités mécaniques et isolantes (équivalentes à celles des fibres de verre), et sert aussi de renfort technique dans le béton.

Tout cela n’aurait pas été possible sans R&D.

Fleur de lin

La gestion du risque, frein à l’innovation

Rendre accessible des solutions innovantes, c’est bien ce qui motive Frédéric Adam, le nouveau directeur R&D de G-ON. Son parcours lui a permis d’observer successivement l’ingénierie du bâtiment et le monde de la recherche. Après une expérience dans le secteur de la certification environnementale, il s’est ensuite spécialisé il y a 10 ans dans la garantie des performances énergétiques.

« L’ingénierie du bâtiment a un besoin surdéveloppé de garanties, de se rassurer avec une gestion du risque maximale, explique Frédéric Adam. La méthode type aujourd’hui, c’est de soulever avec enthousiasme plein de solutions au début des projets. Seulement, elles sont disqualifiées au fur et à mesure que le projet avance, sans vérifier si elles sont viables ou non, car cela nécessite des études supplémentaires, donc un budget. »

« Et puis, bien que compétent dans son domaine, l’ingénieur bâtiment est souvent perdu s’il n’est pas accompagné dès qu’il sort du cadre qu’il maîtrise, regrette Frédéric Adam. Restent donc les options moins performantes mais moins risquées, répétées à l’envie, alors même que l’ingénieur connaît l’existence de solutions plus innovantes. C’est un vrai frein à l’innovation ».

Il y a 3 ans, finie la vie à Paris : le directeur R&D a eu l’opportunité de travailler à Caen dans un laboratoire de recherches sur la gestion de projets collaboratifs : « La recherche permet de prendre du recul car les enjeux sont différents. Elle permet de se poser des questions globales, détachées du projet en lui-même. Elle se nourrit de réflexions en amont ».

Frédéric Adam, directeur R&D de G-ON

La symbiose de deux expériences

Alors que Frédéric Adam caressait le projet de créer sa propre compagnie d’ingénierie, Gwenaël Jan et Thierry Lacroix, co-fondateurs de G-ON depuis deux ans, souhaitaient accélérer le savoir-faire technique. Ce sont ces deux envies complémentaires et simultanées qui ont donné naissance au pôle R&D de G-ON, avec l’objectif de concilier les deux mondes de l’ingénierie et de la recherche de manière plus efficace et ciblée.

« Notre but est d’encourager l’innovation, de pousser nos collaborateurs à aller vers ces solutions nouvelles, avec des études à l’appui qui nous permettent ensuite de les proposer aux clients, sans la part de risque qui les disqualifie habituellement », continue Frédéric Adam.

En temps normal, un ingénieur bâtiment découvre un nouveau produit parce qu’il est sur le marché et il est déjà applicable. Mais à côté, il existe certains produits qui ont déjà dépassé le stade du concept mais ne sont pas portés par de gros industriels. Connaître ces produits grâce à la veille R&D est un atout en plus pour répondre aux besoins des clients.

Pouvoir accompagner ces solutions, ne pas seulement être force de proposition, voilà le but de G-ON face à des normes toujours plus nombreuses, complexes et exigeantes, dans un marché de l’immobilier en pleine mutation avec de nouveaux règlements, de nouveaux usages, de nouvelles attentes…

« Nous ne sommes pas un laboratoire, insiste Frédéric Adam. Notre but n’est pas de développer de nouveaux produits, mais d’intégrer les solutions innovantes de manière anticipée et plus efficace pour nos clients. Ce sont parfois des solutions concrètes, techniques, par exemple de nouvelles machines plus performantes, ou parfois des solutions méthodologiques et systémiques, avec par exemple l’économie circulaire. »

La skyline du quartier de La Défense

L’énergie, l’eau, la matière, l’humain

Chez G-ON, ces solutions trouvent une application concrète dans quatre domaines de base : l’énergie, l’eau, la matière et l’humain.

L’enjeu de l’énergie est connu : il faut en réduire la consommation. Le secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire) est encore aujourd’hui le plus grand consommateur d’énergie en France, même si sa part a baissé, selon les derniers chiffres publiés par l’ADEME fin 2017. Il est passé de 44% de la consommation nationale en 2015 à 38,5%, mais reste devant les transports (33,2%) et l’industrie (21,9%).

« Si l’innovation technologique permet à la construction neuve d’atteindre des performances extrêmes (bâtiments à énergie positive), le parc existant ne se renouvelle que d’1% par an, constate Frédéric Adam. C’est donc sur la rénovation qu’il faut concentrer nos efforts pour diminuer rapidement les consommations du secteur. Et là, les freins ne sont plus seulement technologiques, mais économiques, organisationnels, sociaux voire sociétaux. C’est donc une réflexion systémique, transverse et mobilisant des compétences variées qui nous permettra d’accompagner, de pousser les innovations jusqu’à leur réalisation dans nos projets. »

Exemple de sol perméable © Permeaway

Pour l’eau, l’enjeu est aussi d’en réduire la consommation. Mais ce n’est pas le seul. « Il y a un enjeu de résilience urbaine, pointe Frédéric Adam. L’urbanisation modifie énormément le cycle naturel de l’eau, ce qui explique en partie certaines inondations. » La Loi sur l’eau de 2006 spécifie par exemple que les aménagements doivent limiter l’imperméabilisation des sols et ne pas aggraver le risque d’inondation. « L’eau est aussi un vecteur de solutions. Avoir un sol qui permet l’infiltration d’eau au lieu d’un revêtement imperméabilisé permet par exemple de lutter contre le phénomène d’îlot de chaleur urbain. »

Changement de paradigme

En ce qui concerne la matière, c’est la notion d’économie circulaire pour les matériaux de construction que G-ON met en avant. Le choix des matériaux répondait avant à deux critères principaux : le coût et la performance technique. S’y est agrégé le critère écologique, qui impacte celui de la performance.

En effet, le référent temporel n’est plus le même : il ne s’agit plus de calculer la performance du matériau lors de la construction du bâtiment ou de son exploitation, mais sur l’ensemble de son cycle de vie. Les panneaux solaires sont des matériaux très performants qui permettent l’énergie positive, mais quel est l’impact de l’extraction de terres rares nécessaires à leur fonctionnement ?

« Il faut considérer la ville comme une mine, qui produit et non détruit, poursuit Frédéric Adam. Ce n’est pas seulement un problème technique, qui pose la question de savoir si les matériaux sont encore bons après une première utilisation, c’est aussi un problème de méthode, pour permettre de récupérer ces matériaux avant qu’ils n’atterrissent à la benne. » C’est un véritable changement de paradigme.

L’économie circulaire (source Ademe)

Quant à l’humain, le but est de ne pas agir sur le seul bâtiment, mais aussi sur le cadre de vie. Intégrer le facteur humain de manière transversale, à chaque étape, fait partie des fondements de G-ON.

Prendre du recul… à Caen

Mairie de Caen

G-ON a choisi d’ouvrir son antenne R&D entre Caen et Paris, pour deux raisons principales : « Aujourd’hui, la plupart des fonds sont européens, mais l’interlocuteur reste le territoire, justifie Frédéric Adam. Or, en région, l’innovation est plus facilement portée par les acteurs publics, car cela valorise dans le même temps le territoire. C’est plus dur en région parisienne, surtout pour une TPE face aux grands groupes, même si certaines aides spécifiques existent. »

Se baser en province permet aussi de prendre ce fameux recul nécessaire à la recherche. Car la province traite de problématiques propres, qui entrent parfois en résonnance avec la capitale, à l’image de la montée des eaux en bords de mer, qu’on peut relier aux crues de la Seine. La province a aussi des dynamiques spécifiques, qui peuvent être apporteurs de solutions, à l’exemple du lin.

« Être présent à Caen est donc une richesse supplémentaire, permettant d’élargir l’éventail de nos solutions », conclut Frédéric Adam. Ça tombe bien, c’est justement le but du nouveau pôle R&D de G-ON !

Joseph Bancaud

N.B : G-ON bénéficie de l’agrément « Organisme de Recherche » (en 2018) et du label « Jeune Entreprise Innovante ».

Photo de une : Vache Normande. Illustration issue de « La race bovine normande », Gustave Heuzé, Journal d’agriculture pratique, de jardinage et d’économie domestique », Paris, Librairie agricole de la maison rustique, 1888, tome 2, p. 18. Ouvrage appartenant à la Bibliothèque historique du ministère de l’Agriculture, déposée à la MRSH Caen.